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Lire et produire des bandes dessinées à l’École

18 - 20 mai 2010, à la Maison des langues et des cultures (campus universitaire

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Colloque international organisé par le CEDILIT

Responsable : Jean-François Massol

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- 30 années se sont écoulées depuis le premier colloque international consacré aux liens entre bande dessinée et enseignement. Celui-ci s’était tenu en 1979 à La Roque d’Anthéron et avait donné lieu aux Actes Histoire et bande dessinée publiés la même année. De fait c’est principalement dans le champ disciplinaire de l’histoire que la réflexion pédagogique s’est poursuivie, à travers l’ouvrage collectif dirigé par Pascal Ory, Histoire par la bande, bande dessinée, histoire et pédagogie, publié chez Syros en 1993. Les liens entre bande dessinée, pédagogie et littérature n’ont quant à eux jamais fait l’objet d’un colloque spécifique. Le tout premier colloque consacré à la bande dessinée et l’enseignement du français s’est tenu en avril 2008 à l’UQAR (campus de Lévis), mais son orientation visait moins la didactique de la littérature en elle-même que l’usage prétexte de la bande dessinée dans une perspective croisant la linguistique et les sciences de l’éducation.

- Les deux dernières décennies ont pourtant vu un renouvellement complet des problématiques littéraires liées à l’usage scolaire du médium.
- Tout d’abord les études en sociologie de la lecture, dans le courant des années 80, ont montré que face à l’évolution et aux mutations du public scolaire, il était nécessaire de repartir des pratiques réelles des élèves et de leurs intérêts, afin d’éviter les effets d’exclusion à l’égard de la culture écrite
 [1].
- Dans le courant des années 90, les recherches sur la paralittérature et la littérature populaire [2]. ont conduit à repenser l’approche du champ littéraire : celui-ci s’est élargi à la notion de « culture médiatique », pour reconnaître aux fictions de masse la capacité de cristalliser les représentations collectives et la sensibilité historique d’une époque, autant que peut le faire la production restreinte de la littérature légitimée. Il apparaît alors que les stéréotypes dont peut user la bande dessinée ne sont pas la dégénérescence de motifs originaux inventés par la littérature d’avant-garde. Ce sont des codes sociaux que la fiction de masse ne fait qu’arranger et manier selon un axe de plus grande communicabilité.
- Dans le courant des années 2000, la théorisation sur le fonctionnement du médium a franchi un pas décisif à travers l’approche néo-sémiotique de Thierry Groensteen (Système de la bande dessinée, PUF, 1999), suivi de l’essai théorique de Harry Morgan (Principe des littératures dessinées, éditions de l’An 2, 2003), qui ont conduit à inscrire pleinement la bande dessinée dans le champ des « littératures dessinées ». Depuis 2002, en France, la BD a du reste fait l’objet d’une reconnaissance officielle comme littérature légitime de la part du Ministère de l’Education nationale. Inscrite parmi les « six catégories » de la « liste de référence des œuvres de littérature de jeunesse pour le cycle 3 », elle est fortement présente également dans les listes des ouvrages recommandés par le livret d’accompagnement pour chacun des cycles du collège.

- Cette revalorisation officielle ne produit pas pour autant un parfait consensus à son égard, en particulier parce que l’on méconnaît souvent les théories critiques qui la légitiment. Si la bande dessinée est entrée peu à peu dans les bibliothèques scolaires, les manuels et les cours, plutôt de français que d’arts plastiques, elle est utilisée le plus souvent pour enseigner autre chose qu’elle-même : elle habille les exercices de grammaire de nouveaux atours, ou sert d’illustration pour telle ou telle notion de narratologie. Dans les classes, force est de constater qu’on n’étudie pas encore d’album de BD comme œuvre intégrale.
- Le retard en l’occurrence provient surtout de la réflexion pédagogique et didactique, qui ne s’est pas véritablement saisie d’un objet littéraire encore perçu comme secondaire et marginal. Il manque en particulier une modélisation des difficultés qu’implique l’étude du médium, tant du point de vue de la socialisation du livre en classe, des compétences de lecture spécifiques mobilisées par le récit séquentiel en images, de la production d’écrit à caractère scénaristique, que des critères d’évaluation des productions d’élèves.
- Les théories littéraires de la réception, qui soulignent le rôle actif du lecteur en tant que sujet producteur du sens [3], ont certes renouvelé la didactique de la littérature à l’Ecole : les travaux de Catherine Tauveron, en particulier, en mettant l’accent sur le texte littéraire comme ère de jeu programmant ses propres difficultés de compréhension et d’interprétation, ont profondément renouvelé la pratique scolaire de l’album pour enfant et du roman jeunesse, pour solliciter la participation active des élèves face à des textes « réticents » ou « proliférants ». [4] Mais tout se passe comme si ces différentes avancées s’arrêtaient au seuil de la bande dessinée, qui n’est presque jamais pris comme exemple de support.

Dans le prolongement du colloque « bande dessinée et enseignement du français » qui s’est tenu à l’UQAR (campus de Lévis) en avril 2008, le colloque international organisé par le CEDILIT vise à ouvrir le champ de la réflexion pédagogique et didactique sur l’usage scolaire du médium dans le cadre plus particulier de la classe de littérature. Les cycles d’enseignement privilégiés seront ceux de l’école primaire, du collège et du lycée, mais une ouverture sera faite aux expériences pédagogiques menées à l’Université.


1. Voir Galland Olivier, Les Jeunes, Paris, La découverte, coll. « Repères », 1985 et Singly François (de), Lire à 12 ans, Paris, Nathan, 1989.

2. Voir Daniel Couégnas, Introduction à la paralittérature, Paris, Seuil, coll. « Poétique », 1992.

3. Voir W. Iser, L’acte de lecture. Théorie de l’effet esthétique, Bruxelles, Mardaga, 1985 et J-L. Dufays, L. Gemenne, D. Ledur, Pour une lecture littéraire, vol. 1, Bruxelles, De Boeck Duculot, 1996.

4. Voir Catherine Tauveron (dir.), Lire la littérature à l’école, Paris, Hatier, 2002.



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