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Charles-Ferdinand Ramuz, Œuvres complètes, t. 25, Romans, t. 7, 1923-1925

Edition, notes, présentation de Stéphane Petermann, Noël Cordonier et Julien Piat.

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Les trois romans auxquels Ramuz travaille entre 1922 et 1925 illustrent de manière emblématique les tensions qui parcourent l’œuvre de l’écrivain et qui reflètent la complexité, voire les ambivalences de sa vision du monde.

Après « Travail dans les gravières » (1921), « Recherche de la vérité », achevé en 1923 et resté inédit, présente à nouveau la quête solitaire d’un homme voué au malheur, dont l’errance aboutit à un dénouement tragique. Rien ne vient éteindre la soif d’absolu de Reymondin, le protagoniste ; empêché par le monde qui l’entoure de réaliser ses aspirations, il est condamné au retombement et à l’échec.

Cette trajectoire en spirale descendante contraste avec celle que décrit Passage du poète, publié en 1923 conjointement par Ramuz lui-même et par les Editions Georg. Besson, le vannier, est comme Reymondin un personnage vagabond, mais son bref séjour dans Lavaux bouleverse les habitudes de la communauté vigneronne.

Lorsqu’il repart, les maux sont réparés, les liens renoués : son activité et sa présence parviennent à rassembler les hommes entre eux, et à les rendre conscients de ce qui les attache à la terre sur laquelle ils vivent. En filant la métaphore du vannier, dont il fait le double du poète tel qu’il le conçoit, Ramuz confère à ce roman une portée symbolique très appuyée. Le sentiment de communion qui sous-tend ce récit épiphanique est fortement mis en doute par L’Amour du monde, paru à Paris chez Plon en 1925. Le motif central de la solitude ontologique des êtres y est abordé en étroite relation avec le contexte de l’époque : les nouveaux imaginaires qu’apportent la technologie moderne et l’ouverture à l’ailleurs peuvent-ils vaincre l’isolement ?

Tout en intégrant dans son écriture des procédés analogues à ceux qu’exploite le cinéma, vu par Ramuz comme l’emblème ambivalent de la modernité, le roman se clôt sur une note pessimiste : il n’y a d’amour porté au monde que dans l’acceptation du repli sur un univers de proximité souvent banal, voire mesquin.


[1Edition électronique de Rudolf Mahrer, Slatkine, 2013.