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L’amitié Charles Péguy, n° 131 - 132

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L’amitié Charles Péguy, n° 131 - 132, Lectures de Victor-Marie, comte Hugo, oct-déc 2010.

Avant-propos de Daniel Lançon et Julien Piat :

Les contributions réunies ici sont le fruit d’un travail collectif, mené au sein du Centre de recherches sur les crises de la représentation [1]. Elles ont été présentées le 27 mai 2010 à l’Institut catholique de Paris, à l’invitation de l’Amitié Charles Péguy.
Aucun des auteurs n’est spécialiste de Péguy - et tel était bien le pari. En décidant de réfléchir, en commun, il s’agissait de nous confronter aussi attentivement que possible à un ouvrage et de tenter d’en comprendre tout à la fois l’origine, l’intérêt et l’actualité.

Mais pourquoi Victor-Marie, comte Hugo ? La réponse, apportée a posteriori, suffirait à justifier l’entreprise : s’il est un motif insistant dans ce Cahier, c’est bien celui du partage culturel. La connivence entre Péguy et Halévy, fondamentale en tous les sens du terme, est conversation lettrée, références communes, échange de citations, com¬mentaire de Hugo, de Racine ou de Corneille. Nous aurions voulu trou¬ver une image de notre travail que nous n’aurions pas pu mieux choisir. Cependant, si nos intuitions ont ainsi été confortées, elles reposaient, à l’origine, sur une hypothèse : Péguy, écrivant sur Hugo - c’est ce que le titre laissait attendre, c’est ce que le passage bien connu sur Jérimadeth laissait penser -, était un objet naturel pour une équipe dont l’un des axes de recherche touche au regard que le XXe siècle porte sur le XIXe. La moisson allait se révéler plus riche que nous ne l’imaginions.
Bien sûr, Victor-Marie, comte Hugo constitue un objet précieux pour l’étude d’un « tournant de siècle » : le Cahier, conçu à l’origine comme une épître à Daniel Halévy, censée instruire un débat d’amitié, met en perspective bien des enjeux de son temps. De digression en digression, Péguy fustige, dans une prose virulente, la crise des valeurs, celle des humanités, celle d’un enseignement humaniste ; sa violence et le sentiment d’urgence qui l’habitent s’expliquent notamment par la montée des tensions internationales. Mélancolique et virulent, Péguy incarne une situation hésitant entre fidélité au passé et ouverture à l’avenir : l’histoire personnelle est intimement mêlée aux évolutions - et aux involutions — de l’histoire commune.
Le texte prolifère, dépasse sa visée initiale ; il est emporté par une prose peut-être sans équivalent dans l’histoire littéraire française ; il n’est assignable à aucun genre, surprend encore et toujours. Irréductible à une interprétation unique, il fut pour nous un objet à apprivoiser, sans qu’il soit jamais question d’en réduire les fécondes ambiguïtés.
Derrière l’hétérogénéité de leurs arrière-plans théoriques, l’ensemble des textes qui suivent dessine une convergence de savoirs et de savoir-faire : de l’histoire littéraire à la génétique, de la poétique historique à l’analyse du discours, chacun de ces outils ne saurait épuiser à lui seul le texte de Péguy. C’est par leur diversité même que ces approches explorent les différentes facettes de Victor-Marie, comte Hugo.