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Parution du n°7 de la revue Recto/Verso

Responsable : Guillaume Bellon

Passage obligé, sinon pensum pour le lecteur pressé par le récit, sa continuation et son fin mot ; pièce détachée et détachable, lieu éminemment rhétorique où font effet un certain usage de la langue et de la syntaxe ; espace textuel d’organisation des connaissances, mathesis des savoirs d’une époque : la description – ou plutôt : le descriptif, selon la distinction que rappelle, dans l’entretien qu’il nous a accordé, [http://revuerectoverso.com/spip.php?article205] Philippe Hamon – reste objet d’appréhensions diverses, souvent moins concurrentes que conjointes et difficilement tout à fait déliables les unes des autres.
Cette diversité, ces attentes contraires, les articles et contributions réunies dans ce septième numéro de Recto/Verso n’ont pas cherché à les estomper, mais ont voulu en suivre les lignes de croisement comme les points de rupture pour cerner l’état d’une question.

Trente ans après la parution originale d’Introduction à l’analyse du descriptif, l’ouvrage fondateur de Philippe Hamon, envisage-t-on avec le même plaisir mêlé d’attentes (quant aux fins de la description, son insertion dans la fable ou sa clôture) ce régime textuel singulier, ou bien quelque chose a-t-il changé dans notre regard ? Apprend-on encore, à la manière d’Emma Bovary, ce que « vivre » pourrait bien vouloir dire grâce aux descriptions d’ameublement chez Eugène Sue ? Nul n’oserait aujourd’hui clamer son refus d’entrer (dans la chambre de l’usurière ou dans la pension Vauquer), sans doute parce que la perception de la solidarité entre narratif et descriptif s’est affinée.
À la question, lancinante, de l’utilité du détail, de l’énumération et des entours du réel face à l’urgence des actions répond la formule de Gracq : « C’est tout un », formule qu’Annie Mavrakis porte au titre de la réflexion soutenue qu’elle livre dans la section « Passerelles » sur « Description et hétérogénéité » [http://revuerectoverso.com/spip.php?article206].

Les études de cas réunies dans « Cahiers de genèse », autour d’André Pieyre de Mandiargues[http://revuerectoverso.com/spip.php?article201], de Cendrars
[http://revuerectoverso.com/spip.php?article199], de la découverte de l’Amérique moderne[http://revuerectoverso.com/spip.php?article197] ou de Manuel Puig [http://revuerectoverso.com/spip.php?article203], interrogent ce moment de repli du texte sur son travail d’écriture, cette densification des signes de la littérature (par le travail sur la langue et ses figures, la mise en jeu d’une nomenclature dans laquelle se côtoient souvent termes techniques et mots rares sinon précieux).
Elles rappellent que mener à bien la lecture d’une description, puis en activer le souvenir – même diffus –, c’est peut-être bien, comme l’avance Barthes, gagner une « certitude de réalité » ; mais c’est aussi retrouver ce moment d’intensité phénoménologique et créatrice, suivre à la lettre ce redéploiement du sensible qu’offre (Proust l’a mieux qu’aucun autre formulé) toute œuvre d’art.